Le Carême dans l'attachement au Christ

Le Carême dans l’attachement au Christ

« Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage » (Mt 6,17)

 

Dès le début de son ministère, l’attitude de Jésus et de ses disciples suscite une discussion sur le jeûne (Mc 2, 18-22). Elle apparaît en opposition à celle des disciples de Jean-Baptiste et des pharisiens. Les disciples de Jean étaient en effet connus pour leur abstinence totale de viande et de boissons alcoolisées et les disciples des Pharisiens jeûnaient deux fois par semaine. Or Jésus et les siens participaient aux banquets et n’hésitaient pas à arracher des épis le jour du Sabbat.

Face à cette controverse, Jésus répond en maître. Il ne s’oppose pas au jeûne, contrairement à ce que pouvaient penser ses détracteurs, mais il le situe au niveau de la foi, de la relation vivante à Dieu. Il introduit ainsi l’image de l’Epoux. La tradition des prophètes avait recours à l’image des épousailles pour souligner la profondeur de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple. Osée n’hésite pas à annoncer que Dieu y restera fidèle malgré les infidélités du peuple et qu’il viendra célébrer les noces éternelles avec l’humanité. C’est d’ailleurs pour préparer cette venue de Dieu et le renouvellement de l’Alliance que les disciples de Jean et des pharisiens jeûnaient.

En posant la question : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’époux est avec eux ? », Jésus affirme ainsi que le temps des noces de Dieu et de l’humanité a commencé. Bien plus il révèle qu’il est l’époux et que ces disciples sont les premiers invités à la noce. A la lumière de cet événement, le jeûne pour les disciples de Jésus devient un signe tourné vers sa venue glorieuse. Ainsi après sa mort et sa résurrection, les disciples donneront de nouveau une place au jeûne pour signifier leur attente dans la confiance et la joie intérieure. Des jeûnes sont ainsi pratiqués pour se préparer au don de l'Esprit-Saint en vue d’une mission, comme l’indique le récit de l’envoi en mission de Paul et Barnabé (Ac 13,3).

Ainsi, le jeûne signifie concrètement le désencombrement de tout ce qui nous empêche de nous attacher au Christ, l’époux de notre vie, qui seul peut combler nos vies. Dans son Message de Carême, le Pape François parle du jeûne comme de l’apprentissage « à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures : de la tentation de tout “dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur ».

Durant le Carême, nous pouvons vivre ce jeûne en Église particulièrement les vendredis par rapport à la nourriture, mais surtout par rapport à ce qui peut nous couper de la relation à Dieu et aux autres.

Durant l’année, n’oublions pas le jeûne eucharistique qui nous permet de préparer notre âme et notre corps à la communion au Corps du Christ. Le Code de Droit Canonique invite à s’abstenir « au moins une heure avant la sainte communion, de prendre tout aliment ou boisson, à l’exception seulement de l’eau et des médicaments » (Can. 919).

Mais dans son enseignement, Jésus nous invite avant tout à vivre en toute chose sous le regard de Dieu, pas simplement lors des prières ou des exercices ascétiques, mais à tout instant de notre vie. Ainsi dira Paul aux Chrétiens de Corinthe : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la Gloire de Dieu » (1Co 10,31).

Puissent nos efforts de jeûne tendre vers ce seul but : accueillir le Christ dans nos vies, comme notre maître et Seigneur, l’Époux de nos vies.

+ Vincent Dollmann

Archevêque de Cambrai

Article publié par Cathocambrai • Publié Vendredi 29 mars 2019 • 131 visites

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