Homélie : 11 Novembre 2020

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Saint Martin 2020

En commémorant l’armistice de 1918 comme d’autres événements de notre histoire, nous pouvons rester à l’évocation du passé, nous laisser émouvoir par certaines figures de bravoure et de de don de soi. Mais avec l’éloignement des faits dans le temps et la disparition des témoins, ces commémorations ne touchent plus qu’un cercle restreint de personnes.

Et si nous cherchons à tirer des leçons du passé, nous risquons de passer pour des moralisateurs ou des personnes naïves : depuis la première guerre mondiale, il y a eu une deuxième avec six fois plus de victimes notamment parmi les civils. Des guerres se poursuivent encore aujourd’hui sur tous les continents. A l’heure même, les tensions dans le Haut-Karabagh opposent l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Quant à notre propre pays, il doit faire face à des attentats où les personnes sont égorgées à la sortie d’une école comme dans une église. Ces actes ne cachent-ils pas une guerre larvée qui touche tous les continents ? Alors où sont les leçons que l’humanité à tirées des guerres du passé ? Les hommes n’ont-ils pas la mémoire courte ?

Jésus lui-même semble en avoir fait l’expérience, comme le raconte l’évangile de ce jour. Voici qu’il envoie dix lépreux se montrer aux prêtres. Ils sont guéris en cours de route, mais un seul retourne vers Jésus pour le remercier et rendre gloire à Dieu. Jésus souligne en plus l’origine étrangère de la personne guérie.

En réalité, cette personne qui n’est pas forcément intégrée aux traditions et aux pratiques du Peuple de Dieu, c’est elle qui en révèle leur signification, à savoir la présence de Dieu à l’Histoire des hommes et son désir de les sauver, de leur donner part à sa vie d’amour. Et c’est par la prière que le Samaritain s’ouvre à l’accueil du salut de Dieu.

En ce jour de commémoration, la prière nous permet non seulement d’évoquer ceux qui nous ont précédés, mais de les confier à la miséricorde de Dieu qui offre sa main salutaire à tous ceux qui veulent bien la saisir. A la prière du Samaritain, Jésus répond : « relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ». Cela se réalise pour nous et pour ceux que nous présentons au Seigneur dans l’eucharistie qui fait mémoire de sa mort en croix et de sa résurrection. Comme il y a deux mille ans sur le Mont Golgotha, lieu d’exécution des condamnés à mort, le Christ nous entraîne, et avec nous toute l’humanité, vers la vie en Dieu son Père.

Ainsi dans l’eucharistie, comme dans chaque prière, nous ne cherchons pas uniquement la protection de Dieu par rapport aux guerres et aux épidémies, mais nous laissons Dieu nous rejoindre pour qu’il réalise en nous sa volonté de paix et de justice.

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Saint Martin, fêté en ce jour, a témoigné de la fécondité d’une vie placée sous le regard de Dieu. Alors qu’il était encore jeune soldat, il a su mettre sa confiance non dans la puissance humaine mais dans celle du Dieu de miséricorde et de paix. Ainsi à la veille d’une bataille près de Worms, il annonça son refus de se battre par peur de tuer. Il proposa à l’empereur Julien de servir de bouclier avec comme seule arme, la croix. Mais avant que la bataille ne fût engagée, l’ennemi était venu demander la paix.

De nombreux chrétiens ont vu dans la fin de la première guerre mondiale un 11 novembre, l’intervention de saint Martin, homme de prière et apôtre de la paix. A sa suite, nous pouvons expérimenter la prière comme un moyen privilégié de notre collaboration au projet de salut de Dieu. Elle nous donne accès à l’Esprit Saint qui fait battre notre cœur au rythme du cœur de

Jésus afin que, selon l’expression de saint Paul, « nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle ».

En ce jour de commémoration, que cette intention anime notre prière.

 

+ Vincent Dollmann

Archevêque de Cambrai

Article publié par Service communication • Publié le Jeudi 12 novembre 2020 • 154 visites

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