Homélie : dimanche de la Divine Miséricorde

Texte de l'homélie du 19 avril 2020, 2ème dimanche du temps pascal, dimanche de la Miséricorde

Le deuxième dimanche de Pâques est également appelé le dimanche de la Divine Miséricorde, en lien avec la canonisation de Sœur Faustine Kowalska, en mai 2000. Cette sainte polonaise a été la messagère du cœur miséricordieux du Christ, dans la période de troubles au début du 20ème siècle. Si le Pape Jean-Paul II a voulu appeler ce dimanche celui de la miséricorde, ce n’est pas simplement pour honorer une compatriote, mais pour rappeler que la miséricorde doit être la source de la vie des baptisés.

En reprenant toute l’histoire sainte, saint Thomas d’Aquin affirmera : « Se montrer miséricordieux est regarder comme le propre de Dieu, et c’est là surtout que se manifeste sa toute-puissance » (Somme théologique II,IIq.30,a.4c).

Sur la croix du Christ, nous pouvons contempler la puissance de la miséricorde divine ; elle est capable d’unir le refus absolu de l’homme et le projet de salut de Dieu.

Et par la résurrection du Christ, la miséricorde se manifeste comme force de vie nouvelle et éternelle pour le monde. La nature humaine de Jésus a été en quelque sorte pénétrée totalement par l’amour de Dieu. Et c’est là, le gage de notre propre résurrection ; c’est là notre espérance ! Si l’amour de Dieu est bien puissance de résurrection, notre participation à cet amour nous ouvre les portes du Royaume. Le témoignage des premiers chrétiens, relaté dans la première lecture, indique bien que la miséricorde n’a rien d’un sentimentalisme, ou d’une faiblesse. Il s’agit selon l’enseignement du Christ d’être miséricordieux comme Dieu lui-même (Mt 5,48).

Alors que Jean-Paul II est décédé il y a déjà quinze ans et qu’il aurait eu 100 ans le 18 mai prochain, il demeure un témoin toujours actuel de la miséricorde divine. Il a aimé les personnes à la manière du Christ, en cherchant à les conduire vers Dieu et à leur faire contempler son visage de Père.

A la suite du Christ miséricordieux, combien de fois Jean-Paul II n’a t-il pas dit « non » aux systèmes politiques, niant la dimension spirituelle de l’homme, renvoyant dos à dos les matérialismes de droite comme de gauche.

Combien de fois n’est-il pas intervenu pour éviter des conflits dont les premières victimes demeurent les innocents et les pauvres, de la guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre dans les années 80 jusqu’à celles de l’Irak ou des Balkans.

Combien de fois n’a t-il pas dénoncé les dérives d’une société qui ne parle que d’argent et qui oublie les faibles. Il n’a cessé d’interpeller nos sociétés qui en arrivent à accepter trop facilement la suppression de la vie dans le ventre d’une mère comme sur un lit d’hôpital.

Mais à la suite du Christ miséricordieux, le Pape ne s’est pas résolu à des lamentations. Comme le Christ  à l’égard de l’apôtre saint Thomas, Jean-Paul II voulait éveiller les consciences et ouvrir des chemins de conversion. Il n’a cessé de témoigner de l’amour du Christ, toujours actuel et vivant pour chaque homme. Son attention aux plus petits, aux enfants, aux malades a été éloquente. Les médias français avaient été touchés par sa rencontre avec les pauvres en 1996 dans la cathédrale de Tours. Cette proximité du Pape avec les petits a balayé d’un trait toutes les critiques de bien-pensants qui s’opposaient à sa venue en France et à son appel à la fidélité au baptême. A la lumière du ministère de Jean-Paul II, nous pouvons encore mieux entendre l’appel du Pape François lors de l’année de la miséricorde en 2016. Il insistait sur l’engagement pour la justice sociale et la sauvegarde de la création et avait remis à l’honneur les œuvres de miséricorde.

Témoin infatigable de la miséricorde divine, Jean-Paul II a puisé son énergie dans la prière et l’accueil régulier du sacrement de la réconciliation.

Ce sacrement a été donné par le Christ lui-même, le jour de sa résurrection. Nous avons entendu dans l’évangile comment Jésus a soufflé sur les apôtres leur disant : « Recevez l’Esprit-Saint, ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leurs seront remis » (Jn 20,22-23).

Le pardon reçu dans ce sacrement, c’est le don par-delà nos limites et notre péché. Et ce don, c’est celui de la vie de ressuscité et donc du renouvellement de la grâce baptismale.

Jean-Paul II est mort le samedi soir 2 avril 2005, au début de la fête de la Divine Miséricorde. Il avait préparé un message qu’il aurait voulu prononcer le dimanche pour la prière du Regina Caeli. Ecoutons un extrait : « Le Seigneur ressuscité offre en don à l'humanité, qui semble parfois égarée et dominée par le pouvoir du mal, par l'égoïsme et par la peur, son amour qui pardonne, qui réconcilie et ouvre à nouveau l'âme à l'espérance. C'est l'amour qui convertit les cœurs et qui donne la paix. Combien le monde a besoin de compréhension et d'accueillir la Divine Miséricorde ! » .

Frères et sœurs, puissions-nous mieux disposer nos cœurs à la miséricorde divine par une vie qui s’appuie sur elle et  par la prière et le sacrement du pardon qui en donnent accès.

       

X Vincent DOLLMANN
 Archevêque de Cambrai

Article publié par Service com • Publié le Lundi 20 avril 2020 • 97 visites

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