Homélie : Messe pour les victimes de l'épidémie

1er dimanche de l’Avent 2020

Pour ce 1er dimanche de l’Avent, nous ouvrons l’évangile de Saint Marc en commençant par la fin, par le discours sur la fin des temps que Jésus a prononcé juste avant de mourir.

Les scientifiques évoquent aussi la fin du monde, mais pour nous Chrétiens, elle correspond à un événement heureux : le retour du Maître. Avec le Christ, l’issue de l’Histoire n’est donc pas une fin, mais un nouveau commencement, l’accomplissement du salut qu’il a obtenu pour l’humanité par sa croix. Nous n’avons pas à en avoir peur. Il vient non comme le justicier impitoyable, mais comme le maître qui a mis toute sa confiance en ses serviteurs auxquels il a donné tout pouvoir, nous dit l’évangile.

Ainsi plutôt que de se préoccuper du « quand ? » et du « comment ? », le disciple est invité à veiller. Jésus le répète quatre fois dans l’évangile d’aujourd’hui. Veiller pour Jésus, c’est vivre dans une relation de confiance avec lui, que nous expérimentons avant tout dans la prière.

La prière demeure la source de notre mission de veilleur, c’est elle qui nous garde dans la paix et la confiance. C’est elle qui nous permet à temps et à contre temps de vivre fidèlement notre vocation chrétienne dans le monde. « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » dira Jésus aux apôtres dans le jardin des Oliviers. La tentation qui guettait les apôtres est la même pour nous aujourd’hui, celle de douter de Dieu et de l’abandonner.

La prière nous prépare ainsi à la rencontre avec le Seigneur, au moment de son retour glorieux, à l’heure de notre mort comme chaque jour à travers la vie de service et la célébration des sacrements. Jésus n’insiste pas sur la quantité, le nombre de prières à faire, mais sur la qualité, sur cette attitude qui consiste à garder sa personne sous le regard de Dieu, à laisser ses mains dans celles de Dieu.

Si la prière est un soutien pour notre mission de veilleur, elle nous en offre aussi les fruits. Elle nous donne de goûter à la communion dans laquelle Dieu désire nous introduire pour l’éternité.

Je suis toujours profondément touché par les échanges avec des personnes qui cherchent à maintenir une vie de prière alors qu’elles connaissent les difficultés d’un handicap ou l’épreuve d’une maladie. J’ai reçu récemment une lettre de Sœur Anne Lucie, éducatrice des jeunes dans l’âme et qui aujourd’hui fait face à une paralysie progressive. Elle m’écrit : « Malgré les temps difficiles que nous traversons en ce moment, je vous rejoins par la prière et l’offrande pour vous-même, votre diocèse et le monde entier ». Je pense encore à Sophie, une personne qui depuis quatre ans fait face aux difficultés de prise en charge de son handicap dans une maison de retraite. Souvent en pleurs au téléphone, elle termine toujours par la prière du bienheureux Charles de Foucauld qu’elle me demande de prier avec elle : « Mon Père, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qu’il te plaira ».

Au contact de ces personnes qui sont à l’écart de notre vie trépidante et risquent d’être oubliées, je fais l’expérience de la fécondité de la prière. Elle forge en nous un cœur capable d’aimer et crée entre nous un lien vivant qui relie les personnes par-delà les distances géographiques, mais aussi par-delà la mort.

Cette fécondité de la prière se manifeste d’une manière unique et indépassable dans la prière de l’eucharistie que Jésus nous a laissée. Mort et ressuscité, il donne part à sa vie dans l’eucharistie, une vie de communion entre les saints, les défunts et nous qui cheminons encore sur la terre.

La messe de ce soir est célébrée pour toutes les victimes de la pandémie, personnes décédées ou malades, sans oublier les victimes  des conséquences économiques. Nous permettons ainsi au Christ de nous introduire dans une solidarité de vie et d’amour réelle et concrète entre les vivants et les morts.

Puisse le temps de l’Avent nous renouveler dans la fidélité à la prière pour demeurer dans une attente joyeuse du Seigneur et expérimenter le lien vivant qu’il établit entre nous ici sur cette terre et tous ceux qui nous ont quittés. Au cœur de l’eucharistie quand le Seigneur se rend présent sous les signes du pain et du vin, nous pourrons alors proclamer en vérité : « Gloire à toi qui étais mort, gloire à toi qui es vivant, notre sauveur et notre Dieu : Viens, Seigneur Jésus ».

                           

Le 29 novembre2020

 + Vincent Dollmann
Archevêque de Cambrai

 

Article publié par Service communication • Publié le Lundi 30 novembre 2020 - 12h24 • 122 visites

keyboard_arrow_up