Homélie : Ordination Maxence Leblond

Samedi 5 octobre 2019

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mc 10,45). Cette parole du Christ est la clé pour comprendre son insistance sur le service. C’est le chemin que lui-même le Fils de Dieu a pris et qui devient ainsi celui de tout disciple. Le diacre est donné à l’Eglise pour le signifier à tout baptisé, laïc, consacré ou ministre ordonné.

Lors du baptême, au moment de l’onction du Saint-Chrême, le célébrant dit : « Désormais, tu es membre du corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi ».

Ces trois titres soulignent la dignité du baptisé, mais également sa mission dans les pas du Christ. A sa suite et soutenu par l’Esprit Saint, le baptisé est prêtre par sa vie de prière, prophète par son témoignage de l’Evangile, mais il est également roi en vivant les responsabilités et les engagements dans l’esprit du Christ serviteur.

« Servir Dieu rend l’homme libre comme lui » affirme un des hymnes de l’Office des lectures. Déjà, en réfléchissant à l’existence humaine, ne devons-nous pas constater qu’il existe au fond de notre cœur un désir de servir, de se tourner vers l’autre, d’aimer et d’être aimé ? Seul, la mise en œuvre de ce désir offre une joie profonde et durable. L’enfant fait cette expérience dès le plus jeune âge quand il apprend à partager et qu’il s’ouvre au groupe d’amis.

Mais le service peut prendre une forme purement fonctionnelle. Il se réduit alors à un ensemble de tâches à réaliser et devient le monopole d’une personne ou d’un clan. Cela peut alors mener à des conflits de pouvoir dans nos communautés. D’ailleurs, comme nous l’indiquent les Actes des apôtres, l’institution des premiers diacres a été liée à un sentiment de mauvaise répartition de l’aide entre les veuves de culture grecque et hébraïque.

A l’opposé d’une signification fonctionnaliste du service, on peut y voir un danger pour la liberté. Mal compris, le  service peut mener à l’asservissement à une personne ou à une idéologie.

Entre ces deux extrêmes, que sont le service comme une fonction ou comme un asservissement, se situe le service selon le Christ qui est don de soi. Il s’agit pour le disciple de s’attacher librement à la personne du Christ et de s’engager à sa suite, totalement, corps et âme. C’est ce service comme don de soi que le diacre est appelé à vivre et dont il a mission d’entraîner tous les autres baptisés et avec eux, l’humanité entière.

 

Cela peut paraître irréalisable et utopique. Mais Jésus indique la source où renouveler notre vie de service. En soulignant qu’il « est venu pour servir », il ajoute « pour donner sa vie en rançon pour la multitude ».

C’est dans la contemplation du Christ en croix que le disciple peut prendre la mesure de son amour gratuit et total qui défait les chaînes de tous nos esclavages. En parlant de « rançon » à propos de sa mort, Jésus ne signifie pas qu’elle est un sacrifice pour apaiser la colère de Dieu. Non, sa mort est un sacrifice d’Amour ! D’ailleurs dans la Bible, le mot rachat est utilisé pour parler de la libération d’Egypte comme une initiative gratuite de Dieu. Or l’événement prodigieux de l’Exode trouve son accomplissement dans la croix du Christ qui a racheté le  monde par la puissance de l’amour de Dieu.

Si le Chrétien trouve le fondement de sa vie dans la contemplation du Christ en croix, il trouve la force dans l’eucharistie. Là, à travers la proclamation de la Parole de Dieu, le Christ lui-même vient enseigner et éclairer le chemin des baptisés. Et par le don de son corps et de son sang, il les unit à son sacrifice sur la croix qui a porté le salut du monde. Ainsi chaque fois que nous participons à la messe, nous sommes emportés dans l’élan du Christ qui nous entraîne sur le chemin du service et du don de soi, chemin vers la Vie et la Gloire de Dieu.

 

C’est pour cela qu’il est important que le diacre soit présent dans la liturgie, exerçant le service de l’annonce de l’Evangile et de la préparation des offrandes du pain et du vin. Avant le Notre Père et à la communion, c’est le diacre qui tient le calice contenant le sang du Christ, contenant le Christ qui donne sa vie pour la multitude. Il peut alors chanter dans son cœur le psaume de ce jour : « J’élèverai la coupe du salut. Ne suis-je pas Seigneur ton serviteur ? » (Ps 115).

 

Maxence, que le Seigneur vous garde ainsi que tous les diacres dans la joie du service comme don de soi.

Et par votre engagement au célibat, que le Seigneur crée déjà en vous un cœur de prêtre, serviteur de la communion entre Dieu et les hommes.

 

         

  + Vincent Dollmann

Archevêque de Cambrai

Article publié par Service communication • Publié le Mardi 08 octobre 2019 • 141 visites

keyboard_arrow_up