Homélie : Toussaint 2020 "Qui peut se tenir dans le lieu saint?"

Le psaume d’aujourd’hui renvoie aux processions d’entrée dans le Temple : le chœur chante « qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? », et les prêtres répondent : « L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles » (Ps 23,3-4). Ainsi dès l’Ancien Testament, le croyant sait que se tenir aux côtés du Dieu Saint n’a rien d’automatique, il faut un cœur pur, des mains innocentes et une âme affranchie des idoles, il faut une existence éclairée par la Parole de Dieu.

Pour nous chrétiens, cela signifie une vie selon les béatitudes. Mais ce message reste à contre-courant des repères de nos sociétés humaines. Il est d’autant plus difficile à entendre dans un contexte de crise multiple, sanitaire, sécuritaire et économique, où le confinement physique tend à se conjuguer avec le confinement des cœurs.

Devant ce constat, la question du psalmiste semble dérisoire : « Qui peut se tenir dans le lieu saint ? ». Elle nous fait en tous cas entrevoir combien la sainteté ne peut être qu’un don de Dieu, un fruit de l’Esprit-Saint que Jésus a porté au monde. En effet, Jésus a non seulement enseigné les béatitudes, il les a vécues pour nous. Il est le pauvre qui a mené sa vie libre de toutes les richesses et attaches personnelles, pour placer toute sa confiance en Dieu. Il est l’affamé de justice et de paix qui rappelle l’urgence du partage. Il est l’attristé qui va jusqu’à verser des larmes quand l’évangile n’est pas accueilli. Il est le persécuté qui a versé son sang par amour de Dieu et des hommes. C’est bien en Jésus que nous pouvons accueillir le message des béatitudes et c’est bien dans l’accueil de son esprit que nous pouvons en vivre.

« Qui peut se tenir dans le lieu saint ? ». Jésus est venu non seulement frayer le chemin vers la communion avec Dieu, son Père, mais il a communiqué l’Esprit de sainteté à toute l’humanité pour qu’elle se mette en route en empruntant l’un des sentiers ouverts par les béatitudes. En multipliant les béatifications et les canonisations, le Pape François veut souligner combien la sainteté est accessible aux personnes de toute culture et de tout état de vie.  Jean-Paul II avait largement initié ce processus. Un de ses proches lui avait un jour fait la remarque que cela commençait à faire beaucoup de nouvelles figures de sainteté. Le Pape lui a répliqué : « Ce n’est pas ma faute, c’est celle du Saint Esprit ! ».

La question du psalmiste : « Qui peut se tenir dans le lieu saint ? », devient ainsi une prière que chacun peut adresser à l’Esprit-Saint afin qu’il entretienne en lui le désir de la sainteté et l’audace du chemin des béatitudes.

Même si la vie selon les béatitudes est aux antipodes des valeurs que prône la société, elle est en réalité la seule capable de faire face aux tentations de repli sur soi et de perte d’espérance pour l’humanité. Chaque figure de saint dont nous portons le nom rend témoignage à l’universalité et à la fécondité de la sainteté. La vie selon l’Esprit des béatitudes lui donne sa réelle profondeur et fécondité. La Vierge Marie qui est vénérée comme la reine des saints, l’atteste à travers son parcours de l’humble demeure de Nazareth jusqu’à la gloire de la Cité Sainte. Il se trouve que nous faisons aujourd’hui mémoire du 70ème anniversaire de la proclamation du Dogme de l’Assomption. A la Toussaint 1950, le Pape Pie XII proclamait : « Au terme de sa vie, l’Immaculée, Mère de Dieu, Marie toujours Vierge a été prise au ciel corps et âme dans la gloire céleste » (Constitution Munificentissimus Deus, 1/11/1950).

Le Dogme renvoie à la grande espérance des croyants de l’Ancien-Testament que le psalmiste exprime au nom des croyants : « Tu me prendras dans la gloire » (Ps 49,16 ;73,24). Ainsi à la question du psalmiste : « Qui peut se tenir dans le lieu saint ? », celui-ci répond non seulement en invitant à une vie selon la justice de Dieu, mais à l’espérance : Dieu lui-même y pourvoit. Il l’a réalisé par son Fils le seul saint. Et la Vierge Marie est le plus beau fruit du don de la sainteté qui entraine toute notre personne, corps et âme, vers le ciel. En Marie, cela est devenu réalité. Qu’elle garde allumé en nous le désir de la sainteté.

 

Convaincus que la loi des béatitudes nous est accessible et fortifiés par l’Esprit-Saint versé en nos cœurs, nous pouvons chanter avec les scouts réunis en cette cathédrale :

« Ta loi sur moi proclame
Un droit sacré
Ta force est dans mon âme
Je maintiendrai ! » (Chant de la promesse).

 

           + Vincent Dollmann

Archevêque de Cambrai

Article publié par Service communication • Publié le Lundi 02 novembre 2020 • 287 visites

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