« Je suis chargée de vous le dire, non de vous le faire croire »

Edito de Février 2020

« Je suis chargée de vous le dire, non de vous le faire croire »

 

Cette réplique de sainte Bernadette face à ceux qui doutaient de sa bonne foi éclaire la mission prophétique que le Seigneur confie à tout baptisé. Lors de l’onction d’huile du Saint-Chrême qui annonce la Confirmation, le prêtre ou le diacre dit : « Désormais tu es membre du Corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et roi ».

 

A côté de la mission du prêtre qui désigne la prière et celle du roi qui désigne la charité, il y a celle de l’annonce de l’Evangile. Cette dernière devient urgente dans un monde en quête de repères et de sens. Si nous nous ne le faisons pas d’autres le feront.

Les personnes chargées de la tenue des registres diocésains m’ont alerté récemment d’une augmentation de demandes de radiation des registres de baptême. Alors qu’il y avait une trentaine de personnes par an à entreprendre cette démarche dans les années passées, aujourd’hui elles sont près d’une centaine ! Les raisons invoquées concernent pour une partie, les scandales des abus sexuels dans l’Eglise, mais une autre partie invoque l’interprétation faussée de la Bible. Des personnes s’interrogent encore aujourd’hui sur la foi, la vérité des Ecritures et semblent trouver des réponses en-dehors de l’Eglise !

Il est urgent que nous veillions à mieux connaître les trésors de la foi au Christ. A côté des formations proposées dans notre diocèse ou sur les sites internet, chaque chrétien devrait avoir le souci de se former en ouvrant régulièrement la Bible, mais aussi le Catéchisme de l’Eglise Catholique qui apporte un éclairage sur tous les domaines de la foi, sans oublier les vies de saints qui témoignent de la fécondité de la foi.

 

En renouant avec la mission d’annonce de l’Evangile, il nous faut encore dépasser certains obstacles érigés par la société actuelle : la tolérance et le non-prosélytisme. Ces notions prônant les valeurs du vivre ensemble sont facilement utilisées pour contenir le témoignage chrétien dans la sphère privée. Cela conduit parfois nos propres institutions de charité et d’éducation à s’interdire de parler clairement du Christ et de son évangile. Il est alors bon de se rappeler la réplique de sainte Bernadette face à l’autosuffisance intellectuelle et au politiquement correct : « Je suis chargée de vous le dire, non de vous le faire croire ».

 

Conscient de la nécessité d’approfondir sa foi et des obstacles dans la société, celui qui cherche à rendre compte de sa foi aura tôt ou tard à faire l’expérience de la croix. Il aura à prendre la mesure de la distance autour de lui et en lui, entre les repères du Règne de Dieu et ceux du monde. Lors de la troisième apparition, le 18 février 1858, la Vierge parle pour la première fois. Après avoir invité Bernadette à venir à la Grotte, elle lui confie : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre ». Cette parole prononcée dans le patois bigourdan semble devoir être traduite comme suit : « Je ne vous promets pas d’être heureuse à la manière de ce monde, mais à la manière de l’autre, celui du Royaume ». La Vierge Marie fait comprendre à Bernadette que le messager de l’Evangile participe au combat spirituel entre le monde lié à la finitude et au péché et celui qui est travaillé par l’Esprit du Christ. Elle avait conscience de ses limites, elle avait même été traitée de « petite merdeuse » ;  pourtant rien n’enlèvera son bonheur de cheminer dans l’intimité avec le Christ et la Vierge Marie, et d’en devenir un authentique témoin.

Le 25 mars 1858, elle aura à affronter le curé Peyramale pour lui transmettre le nom que la Vierge lui a révélé : « Je suis l’Immaculée Conception ». Le curé après quelques échanges brusques, la renvoie, mais il racontera plus tard, qu’à son départ, il tomba à genoux et pleura.

 

Sainte Bernadette, fêtée le 18 février, comme la longue lignée des saints nous apprend à accueillir le Seigneur et à le porter au monde. En octobre 2013, lors de sa rencontre avec des personnes pauvres, le Pape François n’hésita pas à affirmer : « Nous pouvons faire un christianisme un peu plus humain, sans croix, sans Jésus, sans dépouillement. Nous deviendrions des chrétiens de pâtisserie, une belle tarte, quelque chose de très doux ! Mais pas de vrais chrétiens ! […] Il est si triste de trouver des chrétiens mondains, forts de leur sécurité, qui n’est pas puisée dans la foi, mais dans la sécurité du monde […] L'Evangile est l'Evangile ! ».

 

 

 

  + Vincent Dollmann

Archevêque de Cambrai

Article publié par Cathocambrai • Publié le Lundi 17 février 2020 • 470 visites

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