« Pardonne jusqu’à 70 fois sept fois » (Cf. Mt 18,22). C’est la conclusion de l’enseignement sur l’Eglise, que Jésus donne à ses apôtres. Face aux guerres et aux inégalités sociales dans le monde, face aux conflits de pouvoir et d’intérêts dans nos institutions et nos communautés, nous percevons le besoin de pardon ; mais l’enseignement de Jésus sur un pardon absolu et total peut nous paraître utopique voire irresponsable !
A travers la parabole de la remise des dettes, Jésus invite avant tout à porter le regard sur Dieu, évoqué par la figure du roi qui va jusqu’à remettre la somme astronomique de 60 millions de pièces d’argent à l’un de ses serviteurs. Jésus nous dit que le roi fut « saisi de compassion », qu’il a agi par pure miséricorde.
Cette attitude renvoie à celle de Dieu et révèle son identité de Père riche en miséricorde. C’est le cœur du message que Jésus a porté au monde : Dieu est Père et il agit par pure miséricorde, par un amour gratuit et fidèle.
Et le point culminant de cette miséricorde en acte, est la mort et la résurrection de Jésus. C’est par amour que le Christ s’est offert sur la croix pour arracher les hommes au mal et à la mort. Il affirmait la veille de sa mort : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13).
C’est par amour que le Christ ressuscité a envoyé l’Esprit Saint à l’Eglise : « Recevez l’Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,22-23).
C’est ainsi qu’une Préface, une des prières du prêtre au cœur de la messe, affirme : « Vraiment il est juste et bon de te rendre gloire […] à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant. Dans ta bonté, tu as créé l’homme, et, comme il avait mérité la condamnation, tu l’as racheté dans ta miséricorde, par le Christ, notre Seigneur » (Préface commune 2).
Par sa mort et sa résurrection, Jésus a obtenu la remise de toutes les dettes à toute l’humanité. Porteur de la miséricorde divine, jusque dans le rejet et la haine de la part des hommes et jusque dans la mort, il nous a pardonné soixante-dix fois sept fois. Son pardon vient renverser la logique de la haine et de la vengeance. En Jésus crucifié et ressuscité, le cycle infernal de la vengeance est brisé par le cycle salvifique du pardon.
Et nous ? Saurons-nous reconnaître la miséricorde divine en œuvre et en vivre ? Contrairement au serviteur, saurons-nous nous abreuver à la source jaillissante du pardon divin et remettre les dettes au prochain, dettes bien dérisoires à côté de celle que Dieu nous a remise ?
Quand les réseaux sociaux salissent la réputation d’une personne ou que les débats publics se réduisent à des invectives, puissions-nous veiller au respect bienveillant des personnes et des idées dans nos échanges quotidiens.
Quand les maîtres-mots dans la société sont performance et réussite, puissions-nous nous réconcilier avec notre finitude et valoriser les dons de chaque membre de notre entourage.
Quand le sens sacré de la vie s’obscurcit et que celle des plus fragiles n’est plus garantie par la loi, puissions-nous nous engager à tenir ensemble la sauvegarde de la création, l’engagement pour la justice sociale et le respect de la vie humaine.
Depuis plus de mille ans, la Vierge Marie s’est manifestée aux habitants de Valenciennes tenant un cordon dans ses mains : celui-ci était à la fois le signe de la protection divine contre l’épidémie de la peste, mais aussi un appel à vivre du lien de la miséricorde dans l’Eglise comme dans la société. La procession qui réunit des personnes d’horizons très divers dans une même ferveur et fraternité indique bien le chemin à suivre. Les guerres entre les puissances européennes et les conflits idéologiques et religieux ont marqué ce territoire à travers les siècles, mais Notre-Dame du Saint-Cordon est là pour nous rappeler la puissance et la fécondité de la miséricorde divine.
Qu’elle nous donne d’y croire et d’en vivre.
Que la Vierge Marie, Notre-Dame du Saint-Cordon, soutienne notre effort pour affermir en nous le sens de la justice et du respect de toute personne, en même temps que la disponibilité au pardon.