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Lettre pastorale 2026 « Pèlerins d’Espérance avec les catéchumènes et les néophytes »
Monseigneur Vincent Dollmann publie une lettre pastorale consacrée à l’accompagnement des catéchumènes et des néophytes.

Une lettre pastorale est un texte par lequel l’évêque s’adresse à l’ensemble des fidèles de son diocèse. Elle éclaire une orientation missionnaire, spirituelle ou pastorale, et invite les communautés chrétiennes à discerner ensemble comment vivre l’Évangile aujourd’hui. Elle constitue à la fois un appel, un enseignement et un encouragement pour toute l’Église diocésaine.

 

Pour l’année 2026, Monseigneur Vincent Dollmann a choisi de consacrer sa lettre pastorale à l’accompagnement des futurs et nouveaux baptisés.

 

 

 

 

Pèlerins d’Espérance avec les catéchumènes et les néophytes

 

 

Introduction : les catéchumènes et les néophytes, un don à toute l’Église

 

Les catéchumènes désignent, selon l’étymologie grecque, ceux qui sont « instruits de vive voix » en vue des sacrements de l’Initiation chrétienne, à savoir le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Après le baptême, ils sont appelés néophytes, ce qui signifie étymologiquement « nouvelle plante ».


Dès les premiers temps, fut mis en place un accompagnement catéchétique et liturgique pour le catéchuménat et le néophytat sous la responsabilité directe de l’évêque. Avec la christianisation des sociétés européennes au Moyen-Âge, le baptême d’enfants est devenu la norme. Ce n’est qu’au XXe siècle marqué par la sécularisation et la rupture de transmission de la foi, que l’Église catholique a relancé officiellement le catéchuménat des adultes lors du Concile Vatican II par la Constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (n. 64-69). Un rituel pour toute l’Église en 1972 a été publié ; la version française a été officialisée par la Conférence des évêques de France en 1996, sous le nom de Rituel d’Initiation chrétienne des adultes (RICA).

 

Depuis quatre ou cinq ans, tous les diocèses de France voient une augmentation importante du nombre de catéchumènes dont la moitié ont entre 15 à 25 ans. Ils rejoignent le nombre croissant des baptisés qui, à l’âge adulte, souhaitent recevoir la communion ou la confirmation. C’est un cadeau du Seigneur pour notre temps, qui doit nous réjouir et susciter notre action de grâce.

 

Le cheminement des catéchumènes vers le Christ a été souvent déclenché par des expériences spirituelles personnelles, comme la visite d’une église qui invitait au silence et au recueillement, ou encore la confrontation à des événements heureux ou douloureux qui les ont amenés à s’interroger sur le sens de la vie, sur le bonheur et l’au-delà. Mais leur entrée en catéchuménat n’a pu se faire qu’avec le soutien de chrétiens qui les ont écoutés et mis en lien avec une paroisse, une aumônerie ou un mouvement.

 

Les catéchumènes viennent ainsi interpeler la disponibilité des chrétiens à être témoins du Christ en paroles et en actes. Ces derniers sont appelés à accompagner les catéchumènes pour qu’ils se laissent greffer par le Christ sur sa vie de ressuscité en accueillant la sève de sa Parole et des sacrements de l’Église. Dans la lettre pastorale sur la mission d’annonce de l’Évangile en 2022, j’avais indiqué que le catéchuménat était un domaine à renforcer. Avec l’expérience de l’équipe diocésaine, des prêtres et des animateurs du catéchuménat, il y a aujourd’hui à porter l’attention sur deux aspects : l’accompagnement des catéchumènes et néophytes par toute la communauté chrétienne et la mise en valeur d’un cheminement du néophytat qui peut s’appuyer sur la catéchèse mystagogique des premiers siècles, catéchèse de l’approfondissement des sacrements reçus.

 

La lettre pastorale pour faciliter la lecture utilise les termes  « catéchuménat » et « catéchumènes » tout en incluant le néophytat.

 

1. Un cheminement en Eglise

 

« Le baptême fait de nous des membres à part entière de la grande famille de Dieu. L’initiative vient toujours de lui et nous y répondons en faisant l’expérience de son amour qui nous sauve. Dans votre cheminement comme catéchumènes et nouveaux baptisés, chacun de vous fait une rencontre personnelle avec le Seigneur dans la communauté qui l’accueille » (Pape Léon XIV, discours aux néophytes et catéchumènes français, Rome, 29 juillet 2025).

 

Les sacrements de l’Initiation chrétienne, à savoir le baptême, la confirmation et l’eucharistie, concernent toute l’Église.

 

Les sacrements de l’Initiation, comme chaque sacrement, sont le cœur battant de l’Église. Ils lui donnent part à la vie du Christ et l’édifient comme Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit-Saint. Tout sacrement reçu, même en présence d’une assemblée réduite, rejaillit sur l’ensemble de l’Église. Celui qui est bénéficiaire de la grâce d’un sacrement est en effet établi et renouvelé dans sa dignité de fils de Dieu qui fait de lui une personne en relation avec Dieu et les autres. Bien plus encore, chaque sacrement met en œuvre le salut obtenu par le Christ pour l’humanité et fait ainsi de celui qui le reçoit un relais de cette grâce.

 

Le catéchuménat offre à chaque baptisé la possibilité de s’ouvrir à cette dimension ecclésiale des sacrements, en portant les catéchumènes dans la prière et en veillant à tisser des relations fraternelles avec eux. Le cheminement prévoit des célébrations en présence de l’assemblée. Celles-ci ont à être intégrées dans le programme liturgique des paroisses et des lieux d’Église qui accueillent des catéchumènes. Au début du Carême, une liste de noms de catéchumènes est remise à chaque paroisse du diocèse.

 

Ce lien de prière entre baptisés et catéchumènes affermit leur attachement au Christ et à son Église. Les enfants, lors de la rencontre du catéchisme, comme chaque paroissien à la messe dominicale, doivent y être encouragés. De même, lors de la célébration de l’appel décisif au début du Carême, il existe la belle tradition de la remise du nom des catéchumènes aux communautés religieuses, familles spirituelles et groupes de prière.

 

Catéchumènes et baptisés, un enrichissement mutuel

 

Alors que le dernier synode des évêques de 2023 et 2024 à Rome, invitait les chrétiens à porter une plus grande attention à la synodalité de l’Eglise, je suis convaincu que le Seigneur nous offre aujourd’hui de l’expérimenter avec les catéchumènes. Il s’agit de les accueillir et de nous enrichir mutuellement des expériences de foi et de service. 

 

Ce que les catéchumènes portent comme richesses

 

1. Même si le relais de chrétiens a été décisif pour entrer en catéchuménat, les futurs baptisés nous rappellent que Dieu peut toucher les cœurs par des médiations les plus diverses, au-delà de nos structures pastorales. Le cheminement des catéchumènes invite à rendre grâce pour l’action de l’Esprit Saint dans le cœur des hommes et à lui donner toute sa place dans notre vie spirituelle.

 

2. Les premiers contacts avec la communauté, par la visite d’une église ou la participation à une célébration, sont un appel pressant à soigner les liturgies en veillant à la beauté et au silence mais aussi à garder nos églises ouvertes et propres.

 

3. Les catéchumènes nous provoquent plus largement à travailler à une Église accueillante. Cela passe notamment à travers l’attention aux différentes générations et sensibilités spirituelles et à la proposition de temps de convivialité, notamment après les célébrations.

 

4. Les catéchumènes ont pour la plupart fait une expérience de la présence de Dieu dans leur vie et expriment une vraie soif de le connaître. Ils interpellent ainsi les baptisés sur la place effective de l’Évangile du Christ dans leur vie. Ils nous stimulent à approfondir notre connaissance de la Parole de Dieu et à en cultiver le goût par la prière personnelle et communautaire.

 

Ce que les chrétiens de longue date portent comme richesses

 

Quant aux baptisés, leur fidélité au baptême et à leur vocation personnelle est un roc sur lequel les catéchumènes peuvent s’appuyer.

 

  1. Le témoignage de vie des aînés dans la foi est un soutien pour leur permettre de discerner ce qui est contraire à la vie de disciple du Christ. Ils pourront s’approprier les renoncements qu’ils déclarent devant l’assemblée lors du baptême.

 

  1. La découverte des engagements de chrétiens au service du prochain, notamment des personnes fragiles et pauvres, les encourage à y prendre part et surtout à laisser la charité chrétienne animer leur vie.

 

 

3. L’attachement des chrétiens à la Tradition et à la vie de l’Église leur permettra de développer le sens de l’Église, Peuple de Dieu et Corps du Christ, Mystère de communion.

 

 

Le catéchuménat dans et avec la communauté chrétienne

 

Si toute l’Église est concernée par le catéchuménat, il s’agit, comme l’indiquent les directives du catéchuménat du diocèse, de le
proposer non seulement dans les paroisses, mais aussi dans les écoles catholiques, les aumôneries scolaires, les aumôneries d’hôpitaux et de prison, les mouvements et les groupes de prière (Indications canoniques et pastorales du 15 mars 2024). Il nous faut encore aller plus loin et faire des équipes de catéchuménat un lieu d’Église. Il s’agit de sortir du schéma d’équipe constituée uniquement de catéchumènes et de leur catéchiste et de veiller à ce que les catéchumènes soient en lien avec les prêtres et l’ensemble du Peuple de Dieu. Dès le départ de leur cheminement, les catéchumènes doivent pouvoir s’ouvrir à la richesse de la vie ecclésiale au niveau diocésain et universel.

 

Certaines paroisses du diocèse proposent aux catéchumènes d’intégrer des fraternités paroissiales qui facilitent l’articulation des différentes dimensions de la réflexion, de la prière et de la convivialité, et qui se poursuivent après le baptême durant le temps du néophytat. D’autres paroisses proposent aux catéchumènes une alternance entre le petit et le grand groupe, ou encore entre les rencontres avec les catéchistes et la communauté. Elles prévoient par exemple de commencer le parcours Alpha avec d’autres personnes, ou encore de fixer les rencontres le dimanche matin, avant de rejoindre la messe qui est suivie d’un temps convivial.

 

Comme ministres de la communion et des sacrements de l’Église, les prêtres exercent dans leur lieu de mission la vigilance sur le catéchuménat. Si certains participent directement à un groupe, tous ont à prendre part au discernement concernant les étapes du catéchuménat et l’admission aux sacrements. Parmi les accompagnateurs, il faudra toujours des catéchistes formés et qui continuent de se former. Le Service diocésain du catéchuménat en assure la responsabilité. En tant qu’évêque, j’ai à veiller à ce que cet accompagnement soit effectif et fécond. Le Rituel de l’Initiation prévoit la figure de garant ; il s’agit d’« une personne qui connaît le candidat, l’a aidé et peut témoigner de sa conduite, de sa foi et de sa décision » (RICA n. 45).

 

Les parrains, hommes et femmes, ont à participer activement au cheminement et à prendre leur place dans les rencontres et les différentes célébrations. Le Rituel parle du parrain comme d’un témoin et d’un éducateur de la foi :  « Il est choisi par le catéchumène à cause de son exemple, de ses qualités, et par amitié ;
il est délégué par la communauté chrétienne locale et agréé par le prêtre »
(RICA n. 46).

 

Le cheminement du catéchuménat en équipe, avec des clercs et des laïcs, et si possible avec des néophytes, permet d’endiguer le décrochage par rapport à la vie de l’Église de beaucoup de catéchumènes après leur baptême. Il participe à l’effort de nos communautés pour vivre de l’Esprit de la Pentecôte qui unit les cœurs dans la charité du Christ et qui les accompagne dans le service de son Evangile.

 

2. Une démarche de catéchèse et de conversion

 

« Le Baptême introduit dans la communion avec le Christ et donne la vie. Il nous engage à renoncer à une culture de la mort très présente dans notre société » (Pape Léon XIV, aux néophytes et catéchumènes français).

 

Un cheminement vers les sacrements de l’Initiation chrétienne

 

Le catéchuménat a en vue le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Ils constituent ensemble les sacrements de l’Initiation. J’affirmais ainsi dans les Indications canoniques et pastorales du 15 mars 2024 : « Comme évêque, je ne peux pas accueillir un adulte au baptême sans avoir la garantie qu’il reçoive également la confirmation et normalement l’eucharistie, sauf dans des situations canoniques particulières ».

Toutefois, si un étalement dans la réception des sacrements de l’Initiation est prévu, il faut le discerner avec le catéchumène et ne pas dépasser la durée d’un an. Si le temps du néophytat est un temps d’approfondissement des grâces reçues dans les sacrements de l’Initiation et d’enracinement dans la vie ecclésiale, il est propice à une catéchèse approfondie sur le sacrement de la réconciliation. Avec l’eucharistie, ils constituent les deux appels dont dispose le chrétien pour demeurer dans la grâce du baptême. Le pardon reçu dans ce sacrement, c’est le don de la vie du Christ ressuscité par-delà nos limites et nos péchés.

 

Un cheminement sur une durée

 

Pour le diocèse les Indications canoniques et pastorales indiquent un repère de deux ans pour la durée du catéchuménat et suggèrent de commencer au minimum le cheminement en janvier-février pour le baptême l’année d’après.

Pour les collégiens et les lycéens, les responsables d’une institution ou d’une aumônerie scolaire peuvent, pour des raisons sérieuses, adapter le cheminement au rythme de l’année académique.

Dans tous les cas, il appartient au curé et aux responsables locaux du catéchuménat de discerner pour maintenir l’exigence de la durée et assurer une préparation suffisante.

 

Un cheminement qui intègre les démarches administratives

 

La réception des sacrements de l’Initiation est notifiée dans un registre paroissial et diocésain. Cela nécessite la constitution d’un dossier. Cette démarche souligne l’importance du catéchuménat pour l’Église et constitue un encouragement aux catéchumènes, ainsi qu’à leurs accompagnateurs, pour le vivre avec sérieux. La récolte des données en vue de la constitution du dossier fait partie de la démarche catéchuménale. Elle nécessite un climat d’écoute et permet de repérer les situations difficiles qu’il faut détecter à temps pour proposer des cheminements adaptés. Ceux-ci sont à discerner en lien avec le curé et l’équipe diocésaine du catéchuménat.

 

Un enseignement qui s’appuie sur les Saintes Écritures et la Tradition de l’Église

 

Les Saintes Écritures et la Tradition de l’Église forment la base de tout parcours catéchétique. En simplifiant, nous pourrions dire que la Tradition désigne le trésor de la réflexion, de la prière et du service que l’Église a développé au cours des âges. Cela signifie que les Saintes Écritures ne peuvent être lues qu’en lien avec la Tradition.

Ensemble, Écriture et Tradition permettent le progrès de la foi au sens d’un approfondissement. La Constitution conciliaire sur la Révélation divine parle de « la perception des choses qui s’accroît » (Concile Vatican II Dei Verbum n. 8). En tenant ensemble Tradition et Écriture, l’approfondissement de la connaissance sera à la fois d’ordre intellectuel et existentiel. La foi peut alors véritablement aider à vivre et à prendre le chemin de la Vie divine. À côté des supports catéchétiques, il est ainsi important de familiariser les catéchumènes avec la Bible et le Catéchisme de l’Église Catholique.

 

Un cheminement qui ouvre à la conversion

 

En visant le renforcement de l’attachement au Christ et à son Église, la catéchèse interpelle nécessairement la vie des catéchumènes. À la lumière de l’Évangile, elle éclaire sur les détachements à opérer.

L’entrée en catéchuménat et l’appel décisif comportent des dialogues liturgiques entre le célébrant et les catéchumènes qui les préparent à la renonciation et à la profession de foi du baptême. Ces dialogues méritent une attention particulière pour permettre aux catéchumènes et à leurs accompagnateurs de discerner les attaches intellectuelles et morales auxquelles ils ont à renoncer pour suivre le Christ.

 

Un cheminement animé par la prière personnelle et en groupe

 

Le Pape Jean-Paul II avait fait de la prière une priorité pour le renouveau de la vie chrétienne et ecclésiale au XXIe siècle. Dans sa Lettre apostolique Au début du nouveau millénaire, il affirmait : « Pour la pédagogie à la sainteté, il faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l’art de la prière ». (Novo Millennio Ineunte, janvier 2001).

 

Pour ce renouveau, il nous faut commencer tout simplement par mettre à l’honneur dans nos salles paroissiales et nos maisons, des signes qui invitent à la prière : une croix, une icône, ou encore une statue de la Vierge Marie ou d’un saint. La prière du Christ et celle de ses disciples est toute simple : elle s’adresse à Dieu avec les mots « Père, Papa ». Quand nous disons avec Jésus « Père », ou que nous nous adressons à Jésus, à la Vierge Marie ou à un saint, nous entrons dans la relation de confiance et d’amour avec Dieu, relation que l’Esprit-Saint est venu établir le jour de la Pentecôte.

 

La fidélité à la prière personnelle et en groupe est le terreau d’un cheminement qui fortifie l’attachement à la personne du Christ et éclaire la foi en Dieu Père, Fils et Esprit-Saint. Il est bon que les catéchumènes et l’ensemble des chrétiens s’encouragent à la prière personnelle matin et soir, qu’ils s’appuient sur la Bible et les prières de la tradition chrétienne (Pater, Ave Maria, Credo…).

Ils peuvent participer ensemble aux propositions de l’adoration eucharistique et de la liturgie des Heures approfondies dans les différentes formes de prière, de la louange à l’oraison silencieuse.

 

Une part importante des catéchumènes a eu un contact avec la Bible pour trouver des réponses à leurs questions existentielles ou pour étancher leur soif de Dieu. Le cheminement catéchuménal devrait initier à la lecture priante des Écritures qui permet d’unifier l’approche intellectuelle et spirituelle, et d’ouvrir au dialogue avec le Seigneur. Il existe de nombreuses méthodes inspirées notamment de la tradition bénédictine ou ignatienne.

 

Un cheminement qui ouvre à l’Église diocésaine et universelle

 

Une grâce reçue personnellement ou un progrès spirituel personnel rejaillit toujours sur toute l’Église. Le cheminement catéchuménal par conséquent, ne peut pas se contenter des réunions en petits groupes. L’argument qui serait de préserver une qualité de relation fraternelle entre les membres du groupe et d’éviter trop vite des contacts avec la vie paroissiale et diocésaine ne tient pas. Une vie fraternelle s’enrichit et se fortifie par le lien avec la vie chrétienne locale et diocésaine, et par le témoignage de chrétiens d’autres cultures. Il est bon que les accompagnateurs s’informent des propositions spirituelles tout au long de l’année et discernent avec les catéchumènes ce qui peut enrichir leur foi et leur expérience ecclésiale.

 

En lien avec la messe dominicale

 

Un certain nombre de catéchumènes ont entamé leur cheminement après avoir fréquenté des célébrations. Il est bon que dès le début du catéchuménat l’habitude soit prise de la fidélité à la messe dominicale. Si les catéchumènes ne quittent pas l’assemblée après l’homélie selon la tradition de l’Eglise, il ne faut pas les associer à des actions liées à la liturgie eucharistique (lectures, prière universelle, procession des offrandes), pour respecter le temps de la préparation aux sacrements de l’Initiation. Sans le lien avec la messe dominicale, la prière personnelle ou en groupe se limiterait à un exercice de piété.

 

3. Une démarche liturgique

 

« Dans le rite du Baptême, il y a un signe très fort, c’est lorsque nous recevons la bougie allumée au cierge pascal. C’est la lumière du Christ mort et ressuscité que nous nous engageons à maintenir allumée en l’alimentant par l’écoute de la Parole de Dieu et la communion assidue à Jésus Eucharistie » (Pape Léon XIV, aux néophytes et catéchumènes français).

 

Les rites du catéchuménat concernent toute l’Eglise

 

Le cheminement catéchuménal comporte quatre périodes clôturées par des célébrations liturgiques : l’entrée en catéchuménat après une première évangélisation, l’appel décisif au bout du cheminement catéchuménal, les sacrements de l’Initiation à la vigile de Pâques après la préparation ultime durant le Carême, et enfin la messe pour les néophytes, célébrée par l’évêque vers la fin du temps pascal, après le temps de la mystagogie où les néophytes renforcent leur fidélité aux sacrements et à la charité chrétienne (RICA n. 41-42).

 

L’entrée en catéchuménat est présidée par le curé ou un ministre ordonné, l’appel décisif et la célébration des sacrements par l’évêque ou un prêtre dans une église. Dès le départ, le caractère public et ecclésial est ainsi souligné.

Il est intéressant de relever que ces célébrations prévoient la possibilité d’une participation des laïcs, notamment des catéchistes et parrains, à certains gestes : signation du front et des sens à la célébration d’entrée en catéchuménat (RICA n. 88-90), témoignage des parrains à l’appel décisif (RICA n. 139).

 

En ce qui concerne la messe pour les néophytes qui peut être célébrée plusieurs fois durant le temps pascal, il est suggéré que les néophytes soient regroupés en un même endroit, entourés des accompagnateurs et des parrains, ou encore qu’une demande spécifique soit intégrée dans la prière universelle (RICA n. 240). A la dernière messe pour les néophytes présidée par l’évêque, il peut y avoir un geste signifiant la pleine intégration dans l’assemblée des fidèles (rejoindre l’assemblée dans la nef, déposer l’écharpe reçue au baptême…).

 

En dehors des trois célébrations qui structurent le cheminement de foi des catéchumènes, l’entrée en catéchuménat, l’appel décisif et les sacrements de l’Initiation, d’autres sont prévues pour les soutenir. Dès le début du catéchuménat sont proposées : des prières de bénédiction et d’exorcisme, le rite de l’onction. Et durant le Carême :
les scrutins les 3e, 4e et 5e dimanches, les traditions du Symbole de la foi et de l’oraison dominicale, la reddition du Symbole de la foi et l’Effétah.

 

Si ce sont des ministres ordonnés qui président les rites du scrutin et qui confèrent l’onction d’huile des catéchumènes, rien n’empêche que les autres rites soient conduits par un baptisé laïc, à l’église ou dans un lieu de rencontre.

 

Les étapes liturgiques du catéchuménat

 

L’entrée en catéchuménat est la reconnaissance par l’Église du désir de devenir chrétien et son accompagnement plus officiel vers le baptême. À partir de cette étape, le catéchumène est déjà considéré comme membre de l’Église, ce qui est signifié par l’inscription du nom dans le registre des catéchumènes.

 

L’appel décisif au début du Carême ouvre l’ultime étape vers les sacrements de l’Initiation. Avec les catéchumènes, toute l’Église entre dans une retraite spirituelle de quarante jours qui offre à chacun de ses membres de purifier et d’éclairer sa foi au Christ par la prière, le jeûne et l’aumône. Le caractère ecclésial de l’appel décisif est souligné par le rassemblement de tous les catéchumènes du diocèse, avec leurs parrains et accompagnateurs, et la présence de l’évêque. Les chrétiens du lieu de la célébration contribuent par leur présence et leur investissement dans l’accueil, à la qualité de la célébration et au climat fraternel.

 

Les scrutins pour la purification sont prévus les 3e, 4e et 5e dimanches de Carême pour accompagner les catéchumènes dans leur ultime préparation au baptême. Le terme scrutin est à rapprocher du verbe scruter, il s’agit pour les catéchumènes de laisser Dieu « scruter leurs reins et leurs cœurs », et de le laisser prendre lentement toute sa place dans leur existence.

Les scrutins sont à « célébrer solennellement », souligne le Rituel (RICA n. 148) dans le cadre d’une messe du dimanche en présence d’une assemblée.

 

Les sacrements de l’Initiation sont prévus à la Vigile de Pâques ou au cours du temps pascal. Vu le nombre croissant de catéchumènes, ils sont aujourd’hui célébrés dans de nombreuses églises. Il est important que les communautés paroissiales se mobilisent autour de cet événement et que les personnes chargées de la communication portent le souci de l’annoncer, d’y inviter et d’en rendre compte. La célébration de baptêmes d’adultes raffermit la foi des chrétiens petits et grands, et constitue un des tremplins pour l’évangélisation de tous ceux qui sont en lien avec le baptisé.

 

Les messes pour les néophytes, durant le temps pascal, indiquent la nécessité de la poursuite de la formation chrétienne avec comme points de repère les sacrements de l’eucharistie et de la réconciliation, ainsi que la vie de l’Église locale et universelle.

 

Les rites à l’approche du baptême

 

Les traditions désignent les rites de transmission du Symbole de la foi
(le Credo) et de l’oraison dominicale (le Pater). Les futurs baptisés reçoivent de l’Église ce qu’elle considère comme le trésor de sa foi et de sa prière. S’il est souhaitable, comme l’indique le Rituel, que « ces traditions soient faites devant la communauté des fidèles après la liturgie de la Parole d’une messe de
semaine » (RICA n. 176), elles peuvent également s’inscrire dans un temps de prière lors des rencontres de formation.

 

Les derniers rites préparatoires désignent la reddition du Symbole de la foi, le rite de l’Effétah, le choix du nom chrétien et l’onction d’huile des catéchumènes. Ils sont prévus le samedi saint, et un choix de rites est possible. C’est pour les catéchumènes et l’ensemble des chrétiens, l’occasion de vivre le samedi saint, jour de commémoration du Christ au tombeau, dans un climat de prière et par un effort de jeûne. La célébration peut être prévue en lien avec la répétition de la liturgie de Pâques dans l’église et permettre ainsi à des chrétiens d’y participer.

 

4. Une démarche en vue de la mission

 

« Vous êtes appelés à partager votre expérience de foi avec les autres, en témoignant de l’amour du Christ et en devenant des disciples missionnaires. Ne vous limitez pas à la seule connaissance théorique, mais vivez votre foi de manière concrète, en expérimentant l’amour de Dieu dans votre vie quotidienne » (Pape Léon XIV, aux néophytes et catéchumènes français).

 

Le catéchuménat, un souffle missionnaire pour l’Église

 

Les catéchumènes nous rappellent que Dieu, à travers l’incarnation, la mort et la résurrection de son Fils, est présent à toute l’humanité et à toutes les situations humaines. Ils se sont mis en route à partir d’expériences spirituelles et de rencontres qui se sont faites dans le monde d’aujourd’hui, marqué par les réseaux sociaux et souvent en-dehors de nos propositions pastorales classiques. Les catéchumènes, en majorité des jeunes, peuvent permettre à l’Église d’appréhender les réseaux sociaux avec encore plus d’audace et de compétence. En contrepartie, la longue expérience de l’Église dans l’annonce de l’Évangile offre des repères pour éviter le refuge dans le monde virtuel et le piège du vedettariat.

 

Les catéchumènes ont poussé de nombreuses portes, beaucoup ont été attirés par la beauté de la liturgie, souvent à travers le chant grégorien, la place du silence, la qualité des lectures bibliques ou encore le soin porté aux gestes liturgiques. Il y a là un encouragement à poursuivre la formation liturgique des ministres et du Peuple de Dieu, pour affermir à la fois le sens liturgique et l’attachement aux sacrements.

 

Le renouveau de l’Église ne peut pas se faire sans une redécouverte du rythme dominical. Il est heureux de voir des paroisses redynamisées par des propositions de rencontres catéchétiques avant la messe et de temps de convivialité en son prolongement. Chaque baptisé, par la fidélité et la qualité de sa présence à la messe du dimanche, peut contribuer à en faire la rencontre de la famille chrétienne, regroupant les différentes générations. Cet attachement à la messe dominicale oriente les chrétiens vers une attention aux églises de nos villes et villages, vers l’engagement à les garder ouvertes le plus possible et à organiser tout au long de l’année, des rencontres de prière et de catéchèse.

Les rites prévus durant le catéchuménat peuvent se déployer sur une année liturgique entière. Les grandes fêtes et leur préparation d’un Avent à l’autre sont un vecteur d’évangélisation aujourd’hui dans le rapport au temps comme Histoire du salut dont Dieu est le Maître et le Sauveur.

 

Le catéchuménat, un apprentissage au témoignage de foi et de charité

 

Un certain nombre de catéchumènes arrivent avec une vraie liberté intérieure pour témoigner de leur foi qu’ils ont acquise dans un contexte indifférent voire hostile. Ils sont un encouragement à répondre à la mission d’annonce de l’Évangile dans la société actuelle. La ferveur de la foi des catéchumènes attend, de la part des chrétiens, un accueil et une aide afin qu’elle puisse se concrétiser dans le service du prochain, notamment des plus pauvres. Les institutions catholiques de solidarité et de charité peuvent y trouver une interpellation à maintenir l’Évangile et la prière à la source de leur action.

 

Le catéchuménat, une invitation à appréhender le combat spirituel

 

Les prières d’exorcisme et les onctions d’huile des catéchumènes proposées tout au long du cheminement avant le baptême, renvoient à la réalité du combat spirituel dans la vie des disciples du Christ. Eclairés par la Parole de Dieu et ouverts à l’action de l’Esprit Saint, les catéchumènes expérimentent le tiraillement entre le Bien et le Mal, autour d’eux et en eux. Le Christ les a précédés dans ce combat comme le souligne le récit de la tentation au désert après son baptême dans le Jourdain (Cf. Lc 4,1-13). Bien plus, le Christ les accompagne. Après sa mort et sa résurrection, il est venu fortifier les cœurs de ses apôtres en leur expliquant les Ecritures et en leur envoyant l’Esprit-Saint, la « force d’en-haut » (Lc 24,49).

 

Le cheminement du catéchuménat et du néophytat est une occasion pour toute l’Eglise d’approfondir cet aspect de la vie chrétienne, en s’appuyant sur la tradition du discernement spirituel et sur la grâce du sacrement de la réconciliation. Ces deux soutiens sont précieux pour les choix à poser dans la vie quotidienne comme dans les différents domaines de la vie sociale, politique et économique.

 

Un engagement de corps et de cœur dans l’Eglise

 

Si les catéchumènes manifestent une soif de connaître le Christ et d’entrer dans une relation vivante avec lui, ils ont plus de mal à appréhender l’appartenance à son Corps qu’est l’Église, à l’image de beaucoup de chrétiens des sociétés occidentales. Or le Christ Jésus s’est fait homme pour arracher l’humanité à la solitude du péché et l’introduire dans la communion d’amour avec Dieu. La foi en Jésus ne peut se réduire à une règle de vie individuelle, fût-elle héroïque. Mais, elle a besoin de se ressourcer dans les sacrements et dans la vie d’une communauté chrétienne. L’attachement au Christ passe par un attachement de corps et de cœur à son Église. Celui-ci commence par une connaissance de la vie de la communauté locale et diocésaine. Il se traduit par la fidélité à la vie sacramentelle et au rythme dominical, ainsi que par la contribution au denier de l’Église qui permet une rémunération digne aux prêtres et aux laïcs salariés du diocèse. Le catéchuménat offre ainsi l’occasion à tous les chrétiens de renouer avec la grâce baptismale qui confère la dignité de fils de Dieu et de membres de l’Eglise, et à en vivre concrètement.

 

Conclusion

 

Le catéchuménat est un don du Seigneur, une grâce de Pentecôte qu’il fait à son Eglise aujourd’hui. Il vient soutenir la participation des chrétiens du diocèse à l’annonce de l’Evangile. Pour cela, il faut que la ferveur des catéchumènes puisse réveiller la foi des baptisés et que le témoignage de vie des baptisés puisse encourager le cheminement des catéchumènes vers les sacrements de l’Initiation.

 

Prions le Seigneur, Trinité Sainte, pour les catéchumènes, les néophytes et tous les baptisés. Qu’Il les garde fermes dans la foi et la charité sur le chemin de l’espérance qui mène à son Royaume où Il convie toute l’humanité :

 

 

Père Saint, nous te rendons grâce pour le don des catéchumènes.

Aide-nous à les accueillir et à marcher avec eux pour former un Peuple uni par les liens de ton amour miséricordieux.

 

Seigneur Jésus, donne à ceux qui te cherchent,

de te reconnaître comme le Fils de Dieu, mort et ressuscité pour sauver l’humanité.

Fais grandir en eux et en nous, le désir d’écouter ta Parole et de te suivre.

 

Esprit Saint, éclaire les catéchumènes de ta sagesse et soutiens-les de ta force.

Donne-leur, ainsi qu’à tous les chrétiens, la joie d’annoncer le Christ mort et ressuscité

et d’en témoigner dans leurs missions et responsabilités.

 

Seigneur Dieu, Trinité d’Amour, permets-nous de cheminer avec les catéchumènes et de vivre fidèlement dans ton Église.

Garde-nous tous, sous le regard de la Vierge Marie,

des saints de notre diocèse et de tous les saints disciples qui nous ont précédés.

 

X Vincent Dollmann

Archevêque de Cambrai

Article publié par ServiceCommunication • Publié le Lundi 19 janvier 2026 • 44 visites

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