Mises à mort à Cambrai sous le Régime de la Terreur
En avril 1794, un tribunal révolutionnaire fut installé à Cambrai par Joseph Lebon, représentant zélé du Comité de salut public qui considérait la ville trop attachée à son prestigieux passé culturel et religieux. Arrivées d’Arras sur une charrette le lundi 26 juin 1794, les quatre religieuses comparurent le même jour devant le tribunal qui conclut à la condamnation à mort immédiate. En attendant la charrette qui allait les conduire à la guillotine sur la Grand Place, les sœurs récitèrent le chapelet. Au pied de l'échafaud, sœur Marie-Madeleine la Supérieure, répéta la prédiction déjà faite aux condamnés : « Nous sommes les dernières victimes ». Et cette prédiction se réalisa et contribua au renouveau de la foi des Cambrésiens.
Fidèles au Christ jusqu’à la mort
Les juges avaient condamné les religieuses au motif qu’elles étaient des « pieuses contre-révolutionnaires ». En attestant qu’elles sont mortes par haine de la foi, ils reconnaissaient implicitement leur martyre. Leur témoignage de foi à travers le service des pauvres et des malades apparaissait comme un obstacle à l’établissement d’une société sans Dieu. Les Filles de la charité fidèles à leur mission jusqu’à la mort, témoignaient ainsi de la charité du Christ qui a sauvé l’humanité par son offrande sur la croix. Si certains chrétiens reçoivent la grâce d’en témoigner jusqu’à verser leur propre sang, tous auront à le faire en vivant leurs responsabilités dans l’esprit du service.
Engagées pour la liberté de la foi au Christ
Un autre chef d’accusation contre les religieuses signifiait leur « refus du serment ». Le serment liberté-égalité établi dès les premiers mois de la Révolution pour les prêtres, était rapidement élargi aux religieux et allait aboutir à l’interdiction des congrégations religieuses en 1792. Il constituait une atteinte à la liberté religieuse et à la mission de l’Eglise. Si les Filles de la charité à Arras, étaient les toutes dernières à être inquiétées, c’est que leur dévouement auprès des pauvres était reconnu par tous les habitants. Mais elles le vivaient comme des consacrées, elles désiraient rester fidèles à leur vocation dans l’Eglise et à l’obéissance au Pape, son chef sur terre.
Un héritage à honorer
Le vitrail du martyre des quatre religieuses à l’entrée principale de la Cathédrale, permet aux chrétiens d’implorer leur soutien, notamment le 23 octobre, jour où l’Eglise fête leur mémoire au titre de bienheureuses martyres de la Révolution.
A la date de leur mort, le 26 juin, une tradition liée aux écoles fondées par l’Archevêque Mgr Chollet, entre les deux guerres mondiales, proposait de refaire l’itinéraire des sœurs de la prison à l’échafaud. En pour le 230ème anniversaire, des paroissiens ont relancé cette belle tradition. Dans la foulée, le lieu de sépulture, dans la fosse commune du cimetière de la Porte Notre-Dame, fut remis en état avec le soutien de la ville.