Le Carême, pour purifier et renforcer notre attachement au Christ
En route vers Pâques, en Église
Les évangiles de l’année liturgique en cours, l’année A, correspondent à ceux qui sont prévus dans l’accompagnement des catéchumènes en vue de leur baptême à Pâques. C’est l’occasion de renouer avec l’origine du Carême comme préparation ultime au baptême des catéchumènes et comme renouvellement de tous les chrétiens dans la foi en Jésus mort et ressuscité.
Durant les 3e, 4e et 5e dimanches, sont prévus les scrutins qui veulent permettre aux catéchumènes de laisser le Seigneur Jésus prendre toute sa place dans leur existence. Le rite consiste en une prière et une imposition des mains pour demander la disposition des cœurs au don de Dieu. Avec les catéchumènes, tous les chrétiens sont ainsi amenés à s’unir au mystère de Pâques sous son aspect de purification et de renoncement. C’est le temps du chemin de la croix avant le chemin de la lumière, de l’union à Jésus ressuscité. Dans son message de Carême, le Pape Léon encourage à une écoute plus intense de la Parole de Dieu et à un jeûne qui passe par l’abstinence de nourriture comme de paroles qui « heurtent et blessent le prochain ». Il s’agit d’accueillir l’appel de saint Paul qui résonne le mercredi des Cendres à la liturgie de la Parole : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5,20).
Se laisser réconcilier avec Dieu par l’écoute de sa Parole et l’accueil de son pardon
Pour saint Paul, le terme « réconciliation » signifie la libération du péché et la relation nouvelle entre Dieu et les hommes. Il renvoie au don de la miséricorde de Dieu que Jésus a manifesté par sa vie, sa mort et sa résurrection et qu’il a transmis à son Eglise. Celle-ci est appelée à en vivre et à le relayer à travers l’annonce de l’Evangile et la célébration des sacrements, notamment celui du pardon.
Le Carême est un temps favorable pour se remettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Cette écoute dispose les cœurs à entrer en relation avec les autres, particulièrement les pauvres, comme le souligne le Pape.
Celui-ci affirme : « Parmi les nombreuses voix qui traversent notre vie personnelle et sociale, les Saintes Écritures nous rendent capables de reconnaître celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse ».
Il s’agit concrètement de se détacher de distractions et d’occupations superficielles pour se ressourcer dans les Saintes Écritures et le Catéchisme de l’Église Catholique. Leur fréquentation et l’échange en famille ou en fraternité sont d’un grand bénéfice pour l’approfondissement de la foi et le renforcement de la charité.
Durant le Carême, la fréquentation plus assidue de la Parole de Dieu, à travers les Écritures et l’enseignement de l’Eglise, creuse le désir de se libérer des entraves du péché pour grandir dans la relation confiante et filiale avec Dieu. Le sacrement de la réconciliation permet d’expérimenter la miséricorde divine qui se fait pardon, don de sa présence par-delà mes limites et mon péché. Et ce don, c’est celui du renouvellement de la vie divine en nous, de la grâce reçue à notre baptême.
En plus des propositions qui seront faites dans les paroisses, les lieux retenus l’an dernier comme églises jubilaires garderont des horaires réguliers pour le sacrement de la réconciliation. Il s’agit de la cathédrale, de l’église Saint-Géry à Valenciennes, de la collégiale Saint-Pierre à Douai, de l’église Saint-Pierre à Maubeuge et du sanctuaire Sainte-Rita à Curgies.
Pour soutenir la démarche sacramentelle, le service de la liturgie avait publié l’an dernier un livret Le Sacrement du pardon, un trésor à (re)découvrir, qui a été largement diffusé dans le diocèse. Cette année, le même service s’est appuyé sur la Lettre apostolique In Unitate Fidei du Pape Léon, publiée le 23 novembre à l’occasion du 1700e anniversaire du Concile de Nicée qui a affirmé la divinité de Jésus. Le Pape y encourage les baptisés à purifier et à renforcer leur foi en Dieu Trinité par un examen de conscience (In Unitate Fidei n. 10). Le Service de la liturgie l’a repris et intégré dans la trame d’une célébration du pardon. Elle est disponible sur le site du diocèse dans le dossier « Carême ».
Se laisser réconcilier avec les autres par le service du bien commun
Durant le Carême se tiendront les élections municipales les 15 et 22 mars. C’est l’occasion pour les chrétiens comme pour tout citoyen de s’interroger sur son attachement au bien commun. Comme nous le rappelle le Catéchisme de l’Eglise Catholique, il comporte trois éléments essentiels : le respect de la personne qui se mesure à l’aune de l’attention aux plus fragiles, y compris l’enfant à naître et la personne en fin de vie ; le développement dans l’accès de tous à un travail digne et à un logement et enfin l’engagement pour la paix (Cf CEC n. 1906-1908).
Les élections locales devraient interpeller des chrétiens à oser faire le pas dans l’engagement politique. Le cardinal vietnamien François-Xavier Van Thuân qui a passé, en raison de sa foi, plus d’une décennie en prison dans les années 1970-1980, nous a laissé en guise d’encouragement et de discernement, Les Béatitudes du politique :
« Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle.
Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.
Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.
Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent.
Heureux le politicien qui réalise l’unité.
Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.
Heureux le politicien qui sait écouter.
Heureux le politicien qui n’a pas peur ».
Ce temps de Carême débute alors que la proposition de loi sur l’« aide active à mourir », après avoir été rejetée par le Sénat, est revenue à l’Assemblée nationale et fera l’objet d’un vote solennel mardi 24 février. Le texte, s’il est voté, conduit à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, et à mettre hors la loi les personnes et les cliniques et maisons de retraite catholiques qui s’y opposeraient.
Puissent les responsables politiques trouver un sursaut de conscience et de courage pour maintenir notre pays sur les voies de la liberté au service de la vie, de l’égalité dans l’accès aux soins et de la fraternité jusqu’au dernier souffle.
Puisse chaque chrétien être renforcé dans sa foi en Jésus mort et ressuscité et dans son engagement au service d’une civilisation de la vie. Les évêques de France proposent de jeûner et de prier pour notre pays et pour les responsables politiques, le 20 février, premier vendredi de Carême.
Les congrégations religieuses hospitalières, dont les Petites Sœurs des maternités catholiques et les Petites Sœurs des pauvres présentes dans notre diocèse, proposent une neuvaine pour le respect de la vie et des plus fragiles, du 16 au 24 février.
De même, il est toujours possible d’interpeller par courrier le député de sa circonscription ou de participer à une pétition comme celle de la Fondation du Professeur Lejeune proposée sur le site du diocèse.
Le Carême pour que brille la lumière du Christ mort et ressuscité
sur nos vies et sur nos sociétés
« Ô Dieu notre Père source de toute vie, envoie ton Esprit de vérité et de force sur la France, particulièrement sur nos législateurs. Qu’ils reconnaissent le caractère sacré de toute vie humaine de sa conception à sa fin naturelle ; qu’ils respectent en tous et particulièrement chez les soignants le droit à l’objection de conscience et permettent à toutes les institutions de santé d’accompagner la vie avec douceur et compassion dans le respect du dessein d’amour du Père » (Extrait de la prière de la neuvaine pour le respect de la vie).
Vincent Dollmann
Archevêque de Cambrai